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Les Samedis Musicaux de Prades

L'association "Les Samedis Musicaux" de Prades organise un samedi par mois un concert à Prades, dans les Pyrénées-Orientales (France). Consultez régulièrement ce site Internet ou abonnez-vous à notre bulletin électronique d'informations pour découvrir la programmation de nos prochains concerts.

Samedi 14 mars 2009 à 18 h 30 : « Ceci est la couleur de mes rêves » - lecture musicale et poétique de l'œuvre de Joan Miró le à l'Hôtel de ville de Prades

Publié le 28 Février 2009 par Samedis Musicaux in Concerts archivés

« Ceci est la couleur de mes rêves »

 

Lecture musicale et poétique

de l'œuvre de Joan Miró

donnée le 14 mars 2009 à 18 h 30

à l'Hôtel de ville de Prades

 

par Paul Abirached (guitare)

Virgile Lefevre (saxophone soprano)

et Julia Gómez (poèmes)



« En 2004, à Paris, en visitant l'exposition La naissance du monde présentée par le Centre Pompidou, j'ai découvert l'importance, la richesse et la complexité de l'oeuvre du peintre Joan Miró.

J'avais jusqu'alors une vision de son univers limitée à ses couleurs vives et gaies, à des tableaux où l'humour, l'imaginaire, le symbolique occupaient une place de première importance, mais je ne percevais pas encore toute la profondeur de cette oeuvre.

En m'approchant de sa démarche créatrice, notamment par la lecture de ses écrits, j'ai été conduit à m'en inspirer dans mon travail de musicien.

La musique à l'instar de la poésie joue un rôle majeur dans la force suggestive de ses tableaux. Miró y trouve une source d'inspiration et un véritable moyen d'évasion. Ses goûts musicaux vont des classiques Bach, Beethoven, Mozart, aux modernes De Falla, Stravinsky, Ravel, Bartok, Schoenberg, en passant par le jazz, qu'il découvre lors de son séjour new-yorkais en 1947.

Miró confie au critique d'art Georges Charbonnier que pour lui « une toile est un rythme musical et poétique » et qu'il « ne différencie pas le poète, le musicien, le peintre ».

En effet, Miró explicite dans ses écrits un processus de création qui semble à plusieurs égards commun à la composition picturale, poétique ou musicale.

En premier lieu vient la suggestion : le peintre part du trait, le poète du mot et le musicien de la note. Cette première étape libre et inconsciente est celle du geste pur, du mouvement parfois incontrôlé qui laisse libre cours au hasard, à l'accident. Puis vient l'organisation des formes, et enfin l'enrichissement de la composition.

On retrouve ces trois données dans la composition musicale et dans la pratique de l'improvisation.

S'est imposé alors à moi comme une évidence le besoin de donner une lecture musicale de l'œuvre de Joan Miró. C'est en m'inspirant de sa peinture et de son esthétique créatrice que j'ai commencé à imaginer un projet mêlant musique écrite et improvisation libre. »

Paul Abirached

 

Répertoire inspiré des tableaux projetés :

 

Ceci est la couleur de mes rêves

Chiffres et constellations amoureux d'une femme

Nature morte au vieux soulier

Danseuse espagnole

Femme et oiseau dans la nuit

Park Güell

Le carnaval d'Arlequin

Montroig

Le village


Le choix du répertoire a été guidé par la volonté de donner une lecture musicale du parcours créatif de Miró, depuis sa peinture des débuts, profondément ancrée dans la nature catalane, dans la réalité du détail, dans l'émerveillement, jusqu'à une peinture du rêve, poétique.

Tour à tour figuratives, abstraites, espiègles, drôles, parfois sombres, empreintes de tristesse et de nostalgie, ces pièces musicales se veulent le reflet d'un univers double. Le monde de Miro est celui du jeu, de la couleur, animé par un alphabet de symboles, mais c'est aussi celui de l'espace vide, du noir, habité par des figures fantômes, spectrales.


La dimension poétique

Le choix d'ajouter une dimension littéraire à ce projet a été motivé par l'envie de faire découvrir au public une part méconnue du travail de Joan Miró : sa poésie.

De façon comparable à sa peinture, sa poésie se présente comme une constellation d'images, de rythmes, sans logique apparente, pure résultante d'une création qui laisse libre court au flux de l'inconscient.

Là encore, il est frappant de voir les parallèles établis entre peinture, poésie et musique qui participent du même processus créatif.

Nous avons extrait ces poèmes de deux corpus de textes correspondants aux années 1936-1939 et 1945-1955.

La première période est celle des années où Miró vivait à Paris, prenant conscience dans sa solitude de la réalité accablante des événements relatifs à la guerre civile en Espagne. Incapable de peindre, l'écriture poétique devient pour lui un substitut à la peinture.

Miró projettera l'envie d'éditer ces poèmes sous la forme d'un livre, ainsi qu'il l'indique dans des notes datant de 1938-1939 :

« Reproduire des toiles avec des titres très poétiques. Parallèle entre la poésie et la peinture, comme entre musique et peinture.

Intercaler dans ce livre eaux-fortes, lithographies, etc., et reproductions de plusieurs peintures poétiques.

Reproduire aussi une belle page d'astronomie.

Plutôt qu'une partition de musique de Wagner, reproduire une musique avec des notes qui suivent un rythme comme mes peintures. »

La seconde période est celle des Titres-Poèmes. Inspirés par sa poésie des années 30, ils sont comparables à une sorte d'accompagnement des tableaux. Les mots entrent en résonance avec les images qui se forment sur la toile, renforçant ainsi l'allusion poétique.

La lecture de ces poèmes est faite de manière discontinue au cours du spectacle. Ils s'intercalent entre les morceaux, faisant office d'interludes et viennent parfois se juxtaposer à la musique.


Paul AbirachedPaul Abirached

Né en 1977 à Paris, Paul Abirached débute la guitare à l'âge de quinze ans. Après avoir obtenu une licence de lettres modernes en 1998, il décide de se consacrer entièrement à la musique.

Il entre alors au Conservatoire Nadia et Lili Boulanger du IXe arrondissement de Paris où il suit les cours d'ensemble du vibraphoniste Philippe Macé, étudie l'harmonie avec le pianiste Bernard Maury, et l'arrangement avec le saxophoniste Pierre Bertrand.

Il travaille la guitare auprès de Marco Campoarris et Misja Fitzgerald-Michel.

En 2001, il obtient un DEUG de musicologie à l'université Paris-8 de Saint-Denis, où il rencontre le saxophoniste Virgile Lefebvre.

Dans le cadre de la faculté, il participe au workshop du contrebassiste Yves Torchinsky et assiste à plusieurs master class avec Joe Bowie, Abbey Lincoln, Roy Haynes, François Corneloup.

Depuis 2003, il se partage entre son activité d'enseignant et de musicien.

Il se produit régulièrement sous son nom dans les clubs de jazz parisien dans des formations allant du solo au quartet.

Avant de se consacrer à l'écriture de son projet en hommage à Joan Miró, il a collaboré avec Virgile Lefebvre pour la création d'un spectacle dédié à la poésie de Heinrich Heine, joué à l'Institut français de Rostock en octobre 2006.

 

Virgile Lefebvre

Virgile LefebvreNé le 23 septembre 1977 à Clamart. Après avoir été initié aux différentes formes d'écriture et d'improvisation du jazz à l'Edim (Ecole de jazz et musiques improvisées), Virgile Lefebvre suit des études de musicologie à l'université Paris-8 de Saint-Denis et, parallèlement, étudie le saxophone au conservatoire du 9e arrondissement.

Très vite attiré par la composition et l'arrangement, il participe à plusieurs formations de jazz.

Il se partage actuellement entre son activité de compositeur et la création d'univers sonores pour le multimédia.

Son travail d'écriture est axé sur la rencontre entre le jazz et la poésie.

Il crée deux répertoires autour de l'œuvre de Paul Celan et du poète allemand Heinrich Heine, en étroite collaboration avec Jean-Pierre Lefebvre, enseignant à l'Ecole normale supérieure de Paris, et des musiciens de jazz.

Ces deux spectacles ont été donnés depuis l'année 2006 dans le cadre de la maison Heine de Paris, au Grand-Palais à l'occasion de l'exposition Monumenta et également dans les Instituts français de Berlin, Madrid, Rostock et Düsseldorf.

Récemment, il vient d'achever l'écriture d'une musique pour un film consacré au « Poète à New York » de Federico Garcia Lorca.

 

Julia GómezJulia Gómez

Comédienne espagnole née à La Corogne en 1979, elle commence à se former aux arts dramatiques pendant ses études de journalisme à Saint-Jacques de Compostelle.

Professionnelle depuis 2001, elle continue sa formation théâtrale à Madrid en suivant les cours d'Adan Black à « La Sala ».

Après plusieurs expériences au théâtre, à la télévision et au cinéma, elle s'installe en France et s'inscrit au Conservatoire d'art dramatique de Nantes en 2005.

Elle travaille actuellement au Centre culturel franco-espagnol de Nantes, où elle anime plusieurs ateliers de théâtre en espagnol.

Elle participe aussi à des projets de création théâtrale, notamment avec Cyril Teste et le Théâtre universitaire de Nantes.

 



Les tableaux projetés :

 

Ceci est la couleur de mes rêves

 

Chiffres et constellations, amoureux d'une femme

 

Nature morte au vieux soulier

 

Danseuse espagnole

 

Femme et oiseau dans la nuit

 

Le carnaval d'Arlequin

 

Siurana, le sentier

 

Prades, le village

 

Poèmes


« Ce n'est pas la vie réelle d'un homme, celle que les autres connaissent qui est la vraie, dit Miro. C'est l'image qu'ils s'en font. Le vrai Miro, c'est autant celui que je suis, tel que je me connais, que celui que je suis devenu pour les autres, et peut-être aussi pour moi. L'essentiel, n'est-ce pas ce rayonnement mystérieux émané du foyer occulte où l'œuvre s'élabore et qui finit par devenir tout l'homme ? La vraie réalité est là.

Réalité plus profonde, ironique, qui se moque de celle qui est sous nos yeux ; et, pourtant, c'est la même. Il faut seulement l'éclairer par en dessous, d'un rayon d'étoile.

Alors tout devient insolite, instable, net et embrouillé à la fois.

Les formes s'engendrent en se transformant. Elles s'échangent et créent ainsi la réalité d'un univers de signes et de symboles où les figures passent d'un règne à l'autre, touchent d'un pied aux racines, sont racines et vont se perdre dans la chevelure des constellations.

C'est comme une espèce de langage secret, composé de formules d'enchantement, et qui est d'avant les mots, du temps où ce que les hommes imaginaient, pressentaient, était plus vrai, plus réel que ce qu'ils voyaient, était la seule réalité. »

Déclaration, XXe siècle, 1957


« Les mains qui applaudissent sont des colombes blanches qui battent de l'aile devant la caresse du velours bleu

 

Coquillages sur une nappe blanche pour ouvrir les nattes d'une jeune fille de dix-huit ans évanouie

 

Deux grandes dames minces habillées en noir une longue plume de canari au chapeau sortent du concert

 

Poisson qui glisse entre les mains

 

Respiration de Vénus

 

Une abeille joue du violoncelle avec la harpe d'un brin d'herbe

 

Un papillon jaune fait son nid dans le décolleté de mon amie qui marche nu-pieds sur l'océan pour faire pousser des coquelicots

 

Ciel étoilé par des astres à décharges électriques »

1936

« Un verre de lait blanc sur une nappe blanche

une cerise rouge

scarabée vert

arc-en-ciel

étoile filante

une guitare

tombe du ciel

les cordes de cette guitare croisent l'espace

les hirondelles

font un nid sur chaque corde

cette corde étrangle une femme qui fut belle »

26-IX-37

 

« L'oiseau boum-boum fait sa prière à la tête pelure-d'oignon

Les jasmins embaument de leur parfum doré la robe de la jeune fille

L'oiseau au regard calme les ailes en flammes

Paysan catalan inquiet par le passage d'un vol d'oiseaux

La tige de la fleur rouge pousse vers la lune

Jeunes filles couvrant d'une robe aux rectangles sombres leur nudité transparente à l'aube

L'arc-en-ciel des plumes du bel oiseau atteint l'horizon

Et l'oiseau s'enfuit vers les pyramides aux flancs ensanglantés par la chute des rubis

Dame au chapeau en spirale dans la nuit

L'étreinte du soleil à l'amoureux

Les vrilles des moustaches face aux oiseaux flamboyants

L'oiseau déploie son beau plumage

La chanson du bleu de la lune à la verte robe aux étincelles jaunes

L'oiseau s'enfuit vers l'azur

L'oiseau déploie les ailes pour parer de ses plumes les étoiles

A la lueur de la lune le soleil couchant nous caresse »

1952

Plus de détails à cette adresse (avec possibilité d'écouter des extraits musicaux et de regarder des extraits vidéo) : http://www.myspace.com/projetmiro

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